ARCTIC CHALLENGE EXERCISE
Créée en 2009, la NORDEFCO (Nordic Defence Cooperation) regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède autour d’un objectif commun : renforcer les capacités de défense nationales par la coopération, tout en optimisant les ressources. Cette approche pragmatique couvre un large spectre : entraînement, capacités, logistique, armement, politique de défense – et repose sur une forte convergence doctrinale et culturelle entre les forces armées nordiques. L’Arctic Challenge Exercise (ACE) en est l’une des expressions les plus visibles et les plus abouties. Conçu initialement comme un exercice régional, il a progressivement acquis une dimension internationale, en cohérence avec l’intégration croissante des pays nordiques dans les structures euro-atlantiques et leur rapprochement avec l’OTAN.
En l’espace d’une décennie, l’ACE s’est imposé comme l’un des exercices aériens multinationaux les plus exigeants et les plus structurants d’Europe. Il constitue désormais un instrument central de coopération militaire entre les pays nordiques, tout en attirant un nombre croissant de partenaires alliés. Lancé au début des années 2010, il voulait notamment miser sur le théâtre de jeu qu’offre la Laponie : des territoires variés composés de montagnes et de plaines à perte de vue, le tout avec une très faible densité de population. Principalement orienté sur le volet air-air lors des premières éditions, il a peu à peu intégré de nouveaux aspects tels que l’air-sol, le SEAD/DEAD, le C2 (command & control) et la cyber afin de mieux répondre aux besoins.


ACE 17
Au cours de l’édition 2017 que nous avons pu suivre depuis Rovaniemi en Finlande (pays hôte de cette édition), ce n’était pas moins de 110 porteurs de cocardes dont 90 chasseurs qui se sont retrouvés dans les cieux nordiques. Déployés depuis Rovianiemi, Luleå (Suède) et Bodø (Norvège), les acteurs se partageaient une immense zone de jeu de quelques 182 000 km² majoritairement centrée sur la Suède. Cette édition actait le paroxysme des capacités air-air en terme de ressources car après une « shadow mission » du matin, les avions se lançaient chaque après midi dans des comao au format « rouges contre bleus » d’une ampleur rarement égalée avec près de 40 machines de chaque côté ! Intégralement basée à Rovaniemi, la France n’avait pas lésiné sur les moyens en envoyant les escadrons de chasse 2/5 « Île de France », 1/2 « Cigognes », 1/4 « Gascogne » et 2/30 « Normandie-Niémen » pour un total de neuf avions et d’une vingtaine de pilotes et nosa. À leurs côtés le 493rd FS de Lakenheath alors encore doté de ses F-15C/D venu avec 12 machines et autant de F/A-18C/D de la Suomen ilmavoimat. Il s’agissait d’un rendez vous importantissime pour la force aérienne finlandaise qui avait pour la première fois la charge d’organiser un tel exercice alors qu’elle ne comptait à peine plus de 3000 femmes et hommes dans ses effectifs à ce moment.


Un véritable volet stratégique
Au-delà de l’entraînement, l’ACE s’est mu en un vecteur de transformation. Les retours d’expérience alimentent l’évolution des doctrines, des procédures et des systèmes. Les états-majors exploitent les enseignements tirés pour améliorer la planification des opérations, la gestion de l’espace aérien et l’intégration des nouvelles technologies. Comme les autres exercices européens tels Iniochos ou les TLP, l’ACE favorise l’émergence d’une culture opérationnelle commune entre pilotes, contrôleurs, planificateurs et personnels de soutien. Le fait que les acteurs soient nombreux et répartis sur plusieurs bases, dans différents pays, n’est désormais plus un obstacle. Cette culture partagée saura, si besoin était, fluidifier les opérations multinationales où les interactions et la rapidité de décision peuvent faire la différence. Et enfin, il faut le dire, dans le contexte actuel de dégradation sécuritaire aux portes de l’Europe l’Arctic Challenge Exercise est aussi devenu un instrument stratégique de la coopération nordique et un marqueur d’engagement et de crédibilité.



















